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Rixe mortelle à Paris : Révélations sur le rôle trouble du rappeur MHD

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Le 17 janvier, le rappeur parisien a été mis en examen pour homicide volontaire et écroué dans l’affaire d’une rixe entre bandes rivales, qui s’était produite en juillet 2018. S’il conteste toute implication, l’enquête révèle des indices troublants à son encontre.

Entendent-ils les pas décidés de leurs agresseurs qui remontent l’allée du Buisson-Saint-Louis ? Le vrombissement de la Mercedes qui fera office de voiture-bélier ? Ce vendredi 6 juillet 2018, il est environ 2h50 lorsque huit amis flânent et observent la nuit s’étirer à l’angle de la rue Saint-Maur (Paris Xe). Là, une masse humaine fond sur le groupe, qui se disperse en catastrophe.

Loïc K., un jeune du quartier de 23 ans, est le seul encore sur la chaussée. Il est percuté à vive allure par l’avant-gauche de la berline noire mat. Débute alors un véritable supplice : projeté au sol, il est frappé à coups de poing et poignardé. Un homme enjambe son corps inerte et s’acharne sur lui, avant qu’un complice ne le tire vers le trottoir pour lui asséner un ultime coup de pied au visage. Loïc K. décède à l’arrivée des sapeurs-pompiers à 3h34. Un couteau Opinel ainsi qu’une batte de base-ball sont retrouvés près de sa dépouille. L’autopsie révèle des contusions ainsi que 22 plaies par arme blanche, dont une mortelle à la cuisse gauche.

Voilà la banale -et triste- illustration de la violence qui mine les rivalités entre les bandes du nord-est de Paris : les cités alliées de la Grange-aux-Belles et du Buisson-Saint-Louis (Xe), auxquelles appartiendraient Loïc et ses amis, contre celle des Chaufourniers (XIXe), surnommée la Cité rouge. À ceci près que le drame implique cette fois… une star du rap français, connue pour ses « flows » aux sonorités africaines.

«La victime n’était pas directement ciblée»

Après six mois d’enquête, Mohamed Sylla, dit MHD, un artiste de 24 ans ayant grandi aux Chaufourniers, a été mis en examen pour homicide volontaire et écroué. Quatre autres personnes sont poursuivies à des degrés divers. Mais les investigations, dont nous avons pris connaissance, montrent que les assaillants étaient dix au total : sept à pied, trois dans la Mercedes. La berline appartient au rappeur, comme l’a confirmé la découverte, dans l’habitacle, de documents de voyage pour la Guinée ainsi qu’un cahier de 89 pages intitulé « MHD, histoire d’enfances irrégulières ».

Saisis, les enquêteurs du 2e district de la police judiciaire parisienne relèvent que la haine entre les deux gangs est à son paroxysme depuis la mort, en 2017, d’un jeune du XIXe lors d’une rixe. Mais le meurtre de Loïc serait la conséquence des hostilités débutées quelques heures plus tôt au domicile de Binke K., l’un des mis en examen.

Ce dernier aurait été menacé par une dizaine de membres de la cité de la Grange-aux-Belles, armés de bâtons et de gourdins. Réfugié à l’étage, Binke K. aurait alors alerté ses amis des Chaufourniers, dont son frère qui est un proche de MHD. Un footballeur professionnel dont le nom est cité dans le tube « Afro Trap Part. 3 » (100 millions de vues sur YouTube) du rappeur parisien. Pour se venger de cette violente intrusion chez l’un des leurs, la bande de la Cité rouge s’en serait prise au groupe de Loïc K. « De la violence tribale. La victime n’était pas directement ciblée », souligne une source proche de l’enquête.

Un survêtement Puma pas encore commercialisé

Grâce à une vidéo amateur et celle d’un restaurant voisin, les policiers ont positionné chacun des agresseurs, la plupart encapuchonnés, en leur adjoignant une lettre. MHD est soupçonné d’être l’individu D : celui qui descend de la Mercedes, qui frappe Loïc K. à la tête puis s’enfuit à pied après avoir tenté de rentrer dans le véhicule déjà rempli par six complices.

Selon les enquêteurs, le rappeur a été identifié par ses cheveux teintés blonds, coupe arborée lors d’un concert trois jours plus tôt, ainsi… qu’un ensemble de survêtement Puma particulier. Non commercialisée, cette tenue sombre est réservée aux « ambassadeurs » de la marque, cercle restreint dont fait partie MHD. Un témoin certifie par ailleurs l’avoir reconnu dans le véhicule au moment de la collision, puis en dehors lors de la rixe. Dès les constatations, les enquêteurs avaient aussi entendu des riverains crier « c’est MHD » autour du cordon de sécurité.

 

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/DR

Le 15 janvier, l’auteur des « afro trap » est interpellé à Neuilly-sur-Seine. Devant la juge d’instruction deux jours plus tard, il confirme qu’il était à Paris le soir du drame mais conteste fermement avoir participé à l’expédition punitive. « Je n’étais pas présent sur les lieux. Dans la soirée, on a commencé à aller au bowling et ensuite on s’est retrouvé à la Cité rouge. […] Je suis remonté chez moi aux environs de 2 heures. Quand je suis redescendu, il n’y avait plus personne dans le quartier », explique le rappeur, qui dit avoir ensuite passé la nuit à son studio puis à son domicile.

Pas de preuves scientifiques ou techniques à ce stade

Sa Mercedes ? Il l’a utilisée dans la soirée mais dit ignorer qui était au volant au moment du meurtre. Car, généreux, il met sa berline « à la disposition de tout le monde » aux Chaufourniers en la garant près d’un bar-tabac. La voiture a été retrouvée brûlée le lendemain de la rixe dans le XIXe. Ses cheveux dorés ? « On est plus de vingt à la cité à avoir une teinture blonde », conteste MHD. Sa tenue Puma inédite, portée lors d’un précédent shooting ? « Je reçois plusieurs colis (de vêtements) chaque semaine et ça m’arrive de distribuer aux gens […] J’ouvre mon coffre, soit c’est moi qui donne, soit les gens se servent directement. »

S’il existe des indices troublants, les enquêteurs ne disposent pas, à ce stade, de preuves scientifiques ou techniques. Les deux téléphones de MHD ont été localisés dans XIXe dans la soirée avant d’être éteints jusqu’au petit matin. L’une des lignes a « borné » en Allemagne puis au Danemark les jours suivants, pays où le rappeur a donné des concerts.

Contactée, l’avocate de MHD, Me Elise Arfi, n’a pas souhaité réagir. Elle a toujours plaidé que son client avait lui-même pris contact avec la juge d’instruction dès qu’il avait eu connaissance de l’implication de son véhicule. Le conseil de la famille de la victime, Me Juliette Chapelle, n’a pas souhaité non plus s’exprimer.

// Le Parisien


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