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La Renaissance Culturelle de la Guinée : De la Transition à l’Émergence d'une Industrie (Par Daouda Conté)

Daouda Conté

Dans le concert des nations contemporaines, la puissance d'un État ne se mesure plus exclusivement à la richesse de son sous-sol ou à sa force militaire. Elle réside désormais dans son « Soft Power » : sa capacité à projeter son identité et à monétiser son génie créatif. Sous l’impulsion du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), la République de Guinée a amorcé une mue profonde. Si la transition a été le temps des réformes structurelles urgentes et des chantiers de fond, la nouvelle mandature qui s'annonce doit être celle de la consécration d'une véritable industrie souveraine.

I. Les Chantiers de la Transition : Sortir du Folklore pour la Structure

Pendant des décennies, le secteur culturel guinéen a souffert d'une gestion par « à-coups », souvent confinée à l'informel. L’ère du CNRD a marqué une rupture en lançant des chantiers de régulation et d'infrastructures sans précédent. L'acquis le plus emblématique demeure l'adoption du Statut de l'Artiste, un texte historique qui sort les créateurs de la précarité pour leur offrir une reconnaissance juridique et sociale. Ce chantier législatif a été complété par une réforme profonde du Bureau Guinéen du Droit d'Auteur (BGDA), désormais doté de mécanismes de collecte plus transparents et modernes.

Sur le plan des infrastructures, la transition a livré des résultats tangibles : la rénovation du Musée National de Sandervalia, devenu un écrin pour notre patrimoine, ainsi que la réhabilitation de plusieurs salles de spectacles. Le renforcement du Fonds de Développement des Arts et de la Culture (FODAC) a permis de passer d'un simple guichet de subvention à un véritable levier d'investissement pour les projets portés par de jeunes entrepreneurs créatifs.

II. Chantiers en Cours : Vers une Modernité Digitale et Territoriale

Au moment où s'ouvre ce nouveau chapitre, plusieurs chantiers majeurs sont en phase de déploiement. Le plus stratégique est sans doute la numérisation du patrimoine immatériel. Ce projet vise à archiver et à protéger nos richesses musicales et orales pour les rendre accessibles sur les plateformes mondiales, garantissant ainsi notre souveraineté numérique.

Parallèlement, le chantier de la décentralisation culturelle bat son plein. Il ne s'agit plus de concentrer les ressources à Conakry. Le programme de construction de Centres Culturels Régionaux avance, avec l'ambition de faire de chaque capitale régionale un pôle d'excellence capable d'accueillir des festivals internationaux. Enfin, la réforme de l'enseignement artistique est en cours pour intégrer les métiers techniques — ingénieurs son, éclairagistes, administrateurs culturels — afin de doter l'industrie d'une main-d'œuvre locale hautement qualifiée.

III. Perspectives et Enjeux : La Diplomatie Culturelle et le Rôle de la Diaspora

L'enjeu de la mandature à venir est la transformation de ces acquis en croissance économique réelle. Pour l’entrepreneur culturel que je suis, le rayonnement international doit devenir le fer de lance de notre économie. La nouvelle mandature doit intensifier la « Diplomatie Culturelle » en transformant nos ambassades en véritables vitrines de l'industrie créative guinéenne.

Un axe majeur de cette stratégie repose sur l'identification et l'appui systématique des opérateurs culturels de la diaspora. Ces derniers sont nos meilleurs ambassadeurs. Il est impératif que l'État, à travers une synergie entre le Ministère de la Culture, le FODAC et l'Office National du Tourisme (ONT), soutienne les festivals et initiatives culturelles de fort impact portés par les Guinéens de l'étranger. Cet accompagnement, en lien étroit avec nos représentations diplomatiques, doit faciliter l'exportation de nos œuvres et assurer une mobilité fluide de nos talents. En structurant ces initiatives, nous transformons chaque événement culturel à Paris, New York ou Bruxelles en une opportunité de promotion de la destination Guinée.

IV. Perspectives pour un Développement Durable

Pour que cette « Renaissance » soit pérenne, trois piliers devront soutenir l'action publique :

Le Financement Hybride : Passer d'un financement étatique à un modèle attirant le mécénat privé international et les investissements directs étrangers (IDE) via des incitations fiscales audacieuses.
Le Tourisme Culturel et Mémoriel : Lier la culture au développement touristique (sites de Niagassola, Fort de Boké, Îles de Loos) pour créer des emplois directs et durables.
La Cohésion Nationale : Utiliser la culture comme le ciment de l'unité nationale, rappelant que nos diversités sont nos plus grandes forces productives.

Conclusion : Un Nouveau Contrat de Confiance

La Renaissance culturelle amorcée sous le CNRD n'est pas qu'un catalogue de réformes ; c'est un nouveau contrat social proposé à la jeunesse. Le défi de la nouvelle mandature sera de transformer ces acquis de transition en une croissance tangible, faisant de la culture le troisième poumon de l'économie nationale. La Guinée n'est plus seulement une terre de bauxite ; elle s'affirme enfin comme une terre de ressources humaines et créatives infinies.

Daouda Conté

Entrepreneur culturel et observateur de la vie socio-politique


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