Tribune : La Guinée à l’heure du second souffle : Amadou Oury Bah et le défi de l’Union Sacrée (Par Daouda Conté)
La reconduction d'Amadou Oury Bah à la Primature guinéenne, au lendemain d'une démission gouvernementale qui aura tenu la nation en haleine, ne doit pas être interprétée comme un simple épilogue. C’est, au contraire, un prologue. Celui d'un contrat social renouvelé. Si le premier acte de sa mission était celui de l'urgence, ce second temps place la Guinée devant une obligation de résultat historique : transformer la continuité en une rupture qualitative au service de l’État-Nation.
I. Une administration plus légère pour plus d'efficacité
Le premier signal fort de ce nouveau souffle réside dans la restructuration de l'appareil d'État. Le passage de 34 à 29 membres du gouvernement, incluant les ministres et les deux secrétariats généraux, consacre la fusion de cinq ministères.
Dans un contexte où la tentation du « recasage sécuritaire » est souvent la norme, cette cure de minceur institutionnelle est un choix de rupture. En simplifiant l'architecture gouvernementale, l'exécutif réduit les lourdeurs bureaucratiques et optimise l'argent public. Alors que le décret de nomination des futurs ministres est attendu dans les prochains jours, cette mutation rappelle que le service public doit être une mission agile au service du citoyen, et non une collection de privilèges destinés à satisfaire des cercles d’influence.
II. Innovation démocratique : Le Sénat et la voix de la Diaspora
Le retour à l'ordre constitutionnel s'appuie sur une innovation majeure : la mise en place d'un système à deux chambres avec une Assemblée Nationale et un Sénat. Cette structure doit garantir un meilleur équilibre des pouvoirs.
L'innovation la plus audacieuse reste la création de sièges dédiés à la diaspora. Pour la première fois, nos compatriotes de l'étranger seront des acteurs politiques de plein droit. À cet égard, la circonscription Europe, fief stratégique de l'expertise guinéenne, se présente comme un enjeu crucial. Notre positionnement pour cette circonscription reflète une volonté de bâtir un pont solide entre les compétences acquises à l'étranger et les défis de l'État-Nation.
III. Les élections : Le seul juge de paix
Les élections législatives, sénatoriales et communales à venir constituent la véritable soupape de sécurité de notre pays. La participation des cadres et ministres actuels à ces scrutins offre une opportunité de renouvellement par le vote populaire.
Le suffrage universel agira comme un filtre : ceux qui sauront convaincre les citoyens renforceront la légitimité du gouvernement. C'est ici que la Guinée peut inventer un modèle où le mérite électoral valide la confiance du sommet.
IV. Investir dans l'humain et la terre
La Guinée doit désormais transformer son potentiel en richesse réelle. Comme l'écrivait Camara Laye : « On ne peut pas remonter le cours du fleuve, mais on peut décider de la direction de la barque. » La barque Guinée doit viser deux priorités :
1. L'Agro-industrie : Transformer nos produits sur place pour créer des emplois pour notre jeunesse.
2. L'Éducation : Comme l'affirme le proverbe : « Le savoir est une parure que personne ne peut te voler. » L'investissement dans l'école est le premier pilier de notre souveraineté.
V. L’Appel à l’Union Sacrée
La stabilité n'est pas le silence, c'est le dialogue. Le Premier ministre a la mission d'unir les élites — qu'elles soient à Conakry, Paris ou Washington — autour d'un projet commun. Le succès de ce gouvernement sera celui de tous les Guinéens, pourvu que l'intérêt de la patrie passe avant les ambitions personnelles.
Conclusion
Face au miroir de l’histoire, la Guinée n’a plus le droit de bégayer. Elle doit parler d'une seule voix : celle de la rigueur et de la fraternité. Rappelons-nous ce proverbe africain : « La pluie ne tombe pas sur un seul toit. » La réussite d'Amadou Oury Bah dans ce second souffle sera la nôtre. Derrière les nuages, le soleil de la République est prêt à briller.
Daouda Conté
Observateur socio-politique

