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Examens nationaux: « non, ce n’est pas Bano face aux élèves, mais la Guinée face à son lendemain» (Tribune)

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Chacun invente une façon de tricher et publie sur les réseaux sociaux pour discréditer les examens nationaux.

En fait quand ça ne marche pas ce n’est pas l’affaire d’un homme, ce problème est celui de tous les Guinéens.

Nous aimons tous dire « le système éducatif est agenouillé, malade… » et tous les qualificatifs humiliants qui peuvent en suivre.

Mais on oublie en même temps que nous sommes tous issus de ce même système éducatif. Tant mieux s’il y’a aujourd’hui quelques uns qui s’en sortent en s’offrant une place dans la prestigieuse sphère « des intellectuels ».

« Les enfants n’ont pas de niveau ». Oui, mais toi, l’aîné qui a le niveau qu’est-ce que tu fais pour eux ? Qu’est-ce que tu fais pour tes jeunes frères et sœurs à la maison pour rehausser leurs niveaux ?

Toi qui trouves le plaisir de donner les mauvais coups de langues au système éducatif, tu n’as jamais triché à ton temps ? Qu’est-ce que tu poses comme action en faveur de l’éducation ?

À lire ou entendre parler, on n’a l’impression que certains se dissocient carrément d’un système dont ils sont eux-mêmes fruits.

Mais qui est ce fameux système ? Un homme ? Un clan connu de tous ? Le système c’est nous-mêmes.

Nous, parents d’élèves qui continuons à croire que l’éducation est une affaire d’Etat.

NON! L’éducation d’un enfant engage sa famille, c’est son instruction qui revient à l’Etat.

Encore nous, parents qui sommes prêts à investir des millions dans la célébration des fêtes d’anniversaire de nos enfants mais trouvons toujours des livres « trop chers » pour les leur acheter.

Il existe encore des foyers où il y’a des bibliothèques familiales ?

La plus part des enfants possèdent aujourd’hui un smart phone à faible valeur minimale d’un million de nos francs. Mais ceux qui ont une petite bibliothèque à la maison sont comptés à bout de doigts.

Nous, aînés des familles qui n’avons jamais de temps pour nos jeunes frères mais sommes quand même actifs dehors. « Nous sommes occupés », le dirons-nous. Mais est-ce que nous avons, au moins essayé, de payer un répétiteur pour eux ?

Nous qui voulons que nos enfants et proches soient admis aux examens à tout prix peu importe leurs niveaux.

Nous, enseignants, qui continuons à donner les mêmes mots, mêmes phrases, mêmes expressions aux élèves depuis plus de dix ans sans aucune mise à jour.

Nous, l’Etat, qui avons fait de l’échec des enfants, l’unité principale de mesure de réussite. Chaque ministre qui vient s’attaque aux candidats d’aujourd’hui en oubliant ceux de demain.

Arrêtons d’en vouloir aux hommes avec des phrases comme « Bano face aux élèves ». Ce n’est pas Bano, face aux élèves, c’est plutôt les enfants face à leurs avenirs. C’est la Guinée face à son lendemain.

Bano n’est qu’un individu mortel vivant dans le temps et dans l’espace. Seul le système demeure.

Dire que le système éducatif est malade est une lapalissade. Mais le combat pour le redresser ne doit pas être personnalisé.

Le moment n’est plus de dénoncer, mais d’agir pour le changement. Nos parents nous ont transmis ce système, nous sommes entrain de le transmettre à nos enfants qui, à leur tour, le transmettront à leurs enfants et ainsi de suite.

S’il y’a une vérité, ce serait de dire à tous les Guinéens de se confesser et changer les sales habitudes pour bâtir un système à la mesure de nos attentes.

Ousmane Bangoura


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