Guinée : des diplômés en situation de handicap exigent leur intégration dans la fonction publique
Les diplômés guinéens en situation de handicap, confrontés à un chômage chronique malgré leurs qualifications universitaires et professionnelles, ont tenu à se faire entendre ce jeudi 12 février 2026 lors d'une conférence de presse organisée à la Maison de la Presse de Conakry.
Sous l'égide du Collectif des Personnes en Situation de Handicap Diplômées Sans Emploi, les participants ont placé leur intervention sous le slogan poignant :
« Handicapés diplômés, oubliés : nous voulons servir notre nation. Donnez-nous de l'emploi ! ».
Vévé Koivogui, président du collectif, a posé le diagnostic dès l'ouverture :
l'insertion professionnelle des personnes handicapées qualifiées représente un enjeu majeur d'équité et de justice sociale en Guinée. Il a lancé une question percutante :
« En dehors de l'emploi, quelle différence y a-t-il entre une personne handicapée et un mendiant ? », souligne ainsi la marginalisation persistante sur le marché du travail, qu'il soit public ou privé.
Le collectif s'appuie sur un arsenal juridique et international que l'État guinéen a formellement adopté :
La Convention n° 159 de l'OIT sur la réadaptation professionnelle et l'emploi des personnes handicapées, qui prévoit des mesures positives pour l'accès à l'emploi public ;
La Convention relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), ratifiée par la Guinée le 8 février 2008, et particulièrement son article 27 qui consacre le droit au travail sans discrimination ;
L'article 27 de la Constitution de 2025, garantissant le bien-être des personnes en situation de handicap ;
La loi L/2025/020/CNT du 20 août 2025 (promulguée le 25 septembre 2025) sur la promotion et la protection des droits des personnes handicapées.
Malgré ces engagements solides, la réalité sur le terrain reste amère : la grande majorité de ces diplômés reste exclue des opportunités d'emploi.
Le collectif a évoqué l'espoir né du vaste recrutement annoncé dans la fonction publique en 2024. Beaucoup avaient déposé leurs dossiers auprès de la FEGUIPAH (Fonds d'Encadrement et de Garantie des Personnes Handicapées), espérant bénéficier d'une procédure dérogatoire similaire à celles appliquées avec succès en 2000, 2005, 2008 et 2019.
Un communiqué du ministère en charge des Personnes vulnérables avait encouragé les candidats à se faire connaître pour un accompagnement dédié, ce qui a semé la confusion : certains n'ont pas postulé, pensant que la dérogation serait automatique. Depuis, malgré onze rencontres avec la FEGUIPAH et une demande d'audience adressée à l'ancienne ministre sans réponse, le silence domine.
Le 18 décembre 2024, à l'occasion de la Journée internationale des personnes handicapées à Taouyah, l'ancienne ministre avait publiquement promis l'intégration des jeunes diplômés handicapés dès le premier trimestre 2025. Cette annonce n'a pas été suivie d'effets concrets à ce jour.
Désormais, le collectif interpelle directement les plus hautes autorités : le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, le Premier ministre Amadou Oury Bah, le ministre de l'Emploi, de la Fonction publique et de la Protection sociale, ainsi que l'ensemble du gouvernement.
Il a par ailleurs salué la nomination récente de Patricia Adeline Lamah à la tête du ministère en charge des Personnes vulnérables (Ministère de la Femme, de la Famille et des Solidarités), en formulant le vœu que son mandat apporte des avancées tangibles, notamment pour les diplômés handicapés sans emploi.
Leur revendication principale reste maintenue et ferme : l'accès à la fonction publique par voie de dérogation n'est pas une faveur, mais un droit inscrit dans la loi et les engagements internationaux de la Guinée.
« Notre cri de cœur, c'est l'emploi à la fonction publique par dérogation », ont-ils martelé, insistant sur leur volonté de contribuer activement au service de la nation plutôt que de rester en marge de la société.
Kogno Célestin Sagno pour 224infos


