Guinée : Le « Logiciel Mental », Ultime Frontière du Développement (par Daouda Conté)
Par-delà les richesses du sous-sol et les grands chantiers d'infrastructures, la Guinée fait face à son défi le plus herculéen : une révolution culturelle du civisme. Enquête sur le changement de paradigme nécessaire pour transformer le potentiel national en prospérité réelle.
CONAKRY – Dans les salons feutrés de la capitale comme dans les marchés poussiéreux de l'intérieur, un constat s'impose avec une force nouvelle : le développement ne se décrète pas seulement à coups de financements. Pour la Guinée, le véritable « rempart » n'est plus seulement technique, il est comportemental. Le frein à l'émergence réside dans une infrastructure invisible mais vitale : la mentalité citoyenne.
L’insalubrité : miroir d’une crise de citoyenneté
S’il est un domaine où le déficit de civisme est flagrant, c’est celui de l’insalubrité publique galopante. Malgré les investissements dans la gestion des déchets, les rues peinent à respirer. Ce n'est pas qu'une question de logistique ; c'est le symptôme d'une rupture de contrat entre le citoyen et son environnement.
Le rejet anarchique des ordures dans les caniveaux et l’attente passive d’une solution étatique illustrent une déconnexion profonde : l’espace public est trop souvent perçu comme une « terre de personne » plutôt que comme un bien commun à protéger.
La culture du civisme : le nouveau contrat social
Pour briser ce plafond de verre, un changement de paradigme est impératif. Ce virage repose sur une réappropriation des bonnes pratiques par les citoyens eux-mêmes :
• Le citoyen comme premier acteur : Adopter des gestes simples (tri, respect des horaires de collecte) pour transformer l’environnement immédiat.
• La sacralisation du bien public : Comprendre que l’école, le lampadaire ou la route ne sont pas des objets lointains appartenant à l’État, mais une extension du patrimoine de chaque famille.
• L’intégrité comme norme : Déconstruire l’idée que le succès social dépend de la capacité à contourner les règles ou à privilégier l’intérêt particulier sur l’intérêt général.
Levier de transformation : L’équilibre entre incitation et fermeté
Ce changement de mentalité ne peut reposer uniquement sur la bonne volonté. L’État doit jouer son rôle de régulateur à travers un binôme indissociable :
1. L’Incitation (La Carotte) : Valoriser les « bons élèves » par des labels de « Quartier Vert » ou des concours d’excellence citoyenne, assortis de financements prioritaires pour les communautés locales les plus disciplinées.
2. La Coercition (Le Bâton) : Mettre fin à la culture de l'impunité. Cela passe par des sanctions pécuniaires immédiates pour l'incivisme et la création de brigades de proximité dotées d’un pouvoir de verbalisation réel et transparent.
Un défi d’éducation et de génération
En tant qu'observateurs de la vie socio-politique, nous savons que cette mue est avant tout éducative. C’est dès le plus jeune âge, au sein d’un système scolaire renforcé, que doit s’infuser ce nouveau code génétique civique.
La transformation de la Guinée ne sera pas seulement le résultat d’un boom minier, mais celui d’une réconciliation entre le citoyen et sa cité. En alliant l’éducation des consciences à une rigueur administrative inflexible, le pays peut transformer son rempart actuel en un tremplin vers un développement durable et inclusif. La véritable émergence sera d'abord mentale.
Daouda Conté

