Guinée : après Manéah, Dar-es-Salam, la nouvelle tragédie qui relance l’alerte sur les zones à risque à Conakry
La Guinée est de nouveau frappée par une tragédie liée aux glissements de terrain et à la vulnérabilité des populations installées dans des zones dangereuses. Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 août, une partie de la montagne de déchets de la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia, à Conakry, s’est effondrée sous l’effet de fortes pluies. Le bilan provisoire fait état d’au moins 30 morts et 22 blessés, dont six grièvement atteints. Les recherches et opérations de sécurisation se poursuivaient encore, faisant craindre une évolution du bilan.
Le drame s’est produit aux environs de 2 heures du matin, alors que les populations riveraines dormaient pour certaines dans des habitations construites au pied de l’immense amas d’ordures. Une importante masse de déchets s’est brutalement détachée avant de déferler vers les habitations situées en contrebas. Plusieurs maisons et constructions précaires ont été ensevelies ou détruites.
Les secours ont rapidement été déployés sur le terrain. Des équipes de la Protection civile, de la Croix-Rouge, des Forces de défense et de sécurité ainsi que du personnel médical ont participé aux opérations de recherche, de sauvetage et d’évacuation des victimes. Les conditions d’intervention restent particulièrement difficiles en raison de l’instabilité persistante de la masse de déchets.
Un bilan qui s’alourdit au fil des recherches
Dans les premières heures qui ont suivi l’éboulement, le bilan était encore provisoire. Il est progressivement passé de plusieurs décès à 30 morts et 22 blessés dans le point communiqué par le gouvernement, avant que la Protection civile ne fasse état d’un bilan porté à 31 morts. Les chiffres étant susceptibles d’évoluer, les autorités poursuivent les opérations de recherche et d’identification.
Au-delà des victimes, plusieurs centaines de personnes se retrouvent désormais sans abri ou exposées à un nouveau danger. Selon les informations disponibles lundi 24 août, 358 sinistrés ont été évacués et temporairement relogés dans une école de Dixinn, tandis que 72 ménages considérés comme à risque ont été identifiés autour du site.

Cette opération de mise à l’abri traduit la persistance du risque dans la zone. Les autorités cherchent désormais à empêcher qu’un nouvel effondrement ou un glissement de terrain ne provoque d’autres victimes.
Un drame qui survient au moment où la fermeture du site était annoncée
La particularité de cette catastrophe tient également à son calendrier. La fermeture et la sécurisation de la décharge de Dar-es-Salam étaient justement en préparation.
Quelques jours avant le drame, les autorités avaient annoncé une opération de libération et de sécurisation des emprises du site. Le gouvernement entendait notamment réduire les risques d’éboulement, de glissement et de pollution liés à l’état de cette décharge à ciel ouvert.
Plus troublant encore, plusieurs sources indiquent que les travaux de fermeture et de sécurisation devaient démarrer le dimanche 23 août, soit le jour même où la montagne d’ordures s’est effondrée. Les engins initialement attendus pour les travaux ont finalement été mobilisés dans les opérations de secours.
Cette coïncidence donne au drame une dimension particulière et pose une nouvelle fois la question de la rapidité des mesures de prévention face aux risques connus.
Manéah, un an plus tôt : le même signal d’alarme
Cette catastrophe rappelle douloureusement un autre drame survenu presque exactement un an plus tôt.
Dans la soirée du 20 août 2025, un glissement de terrain avait frappé la commune urbaine de Manéah, dans la préfecture de Coyah. De fortes pluies avaient provoqué l’effondrement d’une partie d’un relief au niveau de Friguiadi Nord, ensevelissant plusieurs habitations. Les premiers bilans faisaient état de 11 morts et 10 blessés, avant que le bilan définitif communiqué ultérieurement ne s’établisse à 19 morts, avec également des blessés et des personnes portées disparues.
À l’époque, les autorités avaient déjà été confrontées à la question des constructions dans des zones exposées aux risques naturels. Le gouvernement avait annoncé des mesures visant notamment à renforcer le contrôle de l’occupation des zones dangereuses et à prévenir la répétition de tels drames.
Un an après Manéah, le drame de Dar-es-Salam montre que la problématique reste entière : à Conakry et dans sa périphérie, des familles continuent de vivre à proximité immédiate de sites présentant des risques importants, souvent sous la contrainte de la précarité et du manque d’alternatives de logement.
De Manéah à Dar-es-Salam, une question qui dépasse les seules pluies
Les fortes précipitations constituent un facteur déclencheur évident dans les deux catastrophes. Mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à expliquer l’ampleur des dégâts.
À Manéah, les pluies avaient fragilisé un terrain surplombant des habitations. À Dar-es-Salam, l’eau a contribué à déstabiliser une gigantesque masse de déchets accumulés au fil des années. Dans les deux cas, le danger est devenu meurtrier parce que des habitations et des populations se trouvaient directement dans les zones exposées.
Le drame de Dar-es-Salam remet donc au premier plan plusieurs enjeux : la gestion des déchets, l’aménagement urbain, l’occupation des zones à risque, le relogement des populations vulnérables et surtout l’anticipation des catastrophes pendant la saison des pluies.
Une vieille décharge devenue un danger majeur
Dar-es-Salam est depuis plusieurs années au cœur des préoccupations liées à la gestion des déchets à Conakry. La décharge, l’une des principales de la capitale, est arrivée à un niveau de saturation qui nourrit les inquiétudes des riverains.
Le gouvernement travaille depuis plusieurs mois sur la mise en service d’un nouveau centre d’enfouissement à Baritodé, dans la sous-préfecture de Kouria, afin de permettre à terme la fermeture définitive de Dar-es-Salam. Le ministre chargé de l’Assainissement avait notamment expliqué que la fermeture du site devait être accompagnée de la mise en service de cette nouvelle infrastructure.
Mais avant même que cette transition ne soit achevée, la décharge a de nouveau fait des victimes.
Le drame actuel rappelle également qu’il ne suffit pas de décider la fermeture d’un site dangereux. Il faut pouvoir sécuriser immédiatement ses abords, éloigner les populations exposées, empêcher de nouvelles installations et garantir des solutions de relogement pour les familles concernées.
Après la catastrophe, l’urgence de tirer les leçons
La mobilisation des secours et l’évacuation des populations constituent désormais la priorité. Mais une fois l’urgence passée, une autre question devra être posée : comment éviter qu’un nouveau Manéah ou un nouveau Dar-es-Salam ne se reproduise ?
Les 358 personnes temporairement mises à l’abri et les 72 ménages identifiés comme étant à risque illustrent l’ampleur du travail qui reste à accomplir autour du site.
Le drame de Dar-es-Salam intervient ainsi comme un nouveau rappel à l’ordre. En l’espace d’un an, deux catastrophes majeures liées à des mouvements de terrain ont endeuillé la Guinée et provoqué plusieurs dizaines de morts.
Au-delà des chiffres, ce sont des familles entières qui sont brisées, des habitations détruites et des survivants désormais confrontés à l’incertitude.
La saison des pluies n’est donc plus seulement une période de fortes précipitations. Dans les zones urbaines exposées, elle constitue aussi une période de vigilance maximale qui exige anticipation, prévention et évacuation rapide des populations vivant dans les secteurs les plus dangereux.
À Dar-es-Salam, l’éboulement est survenu au moment où la fermeture du site était annoncée. À Manéah, un an auparavant, les pluies avaient déjà montré la vulnérabilité de certaines zones habitées.
Deux drames, deux lieux, mais une même leçon : prévenir une catastrophe coûte souvent moins cher que réparer ses conséquences, surtout lorsqu’il s’agit de vies humaines.
Kogno Célestin Sagno pour 224infos
